News - 24.10.2026

Mohamed-El Aziz Ben Achour: Le Royaume hachémite d’Irak

Mohamed-El Aziz Ben Achour: Le Royaume hachémite d’Irak

Par Mohamed-El Aziz Ben Achour - Le démembrement de l’Orient ottoman entrepris par les grandes puissances au lendemain de la Grande guerre est la source des malheurs qui depuis plus d’un siècle frappent le monde arabe.  Vaincue, la Turquie impériale perdit, au profit de la Grande-Bretagne et de la France, ses provinces du Moyen-Orient qu’elle dominait depuis le XVIe siècle.

Au cours de la guerre, les deux puissances alliées se livrèrent à une active diplomatie secrète dont l’objectif était de chasser les troupes turques de la région, de remodeler le Proche-Orient en deux sphères d’influence et de s’assurer l’exploitation des très prometteuses ressources pétrolières. C’est ainsi que dès 1916, les traités anglo-français, connus sous le nom des deux négociateurs Mark Sykes et François-Georges Picot, furent signés par Paul Cambon, ambassadeur de France à Londres, et Edward Grey, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères le 16 mai. Le but était de démembrer l’empire ottoman et de procéder, une fois la guerre terminée, au partage des territoires : la zone française comprendrait la Syrie-Liban, la Cilicie (aujourd’hui province turque d’Adana) et Mossoul, tandis que les Britanniques prendraient la Mésopotamie et la Syrie méridionale. Révélés en 1917 par le gouvernement bolchévique, ces traités suscitèrent la consternation dans le monde arabe avec d’autant plus de stupeur que l’Angleterre, soucieuse avant tout de vaincre l’armée ottomane du Moyen-Orient avait réussi à obtenir de l’émir Husseïn al Hâchimî, chérif de La Mecque puis roi du Hedjaz de 1916 à 1924, qu’il s’engage militairement, ainsi que les tribus, aux côtés de l’armée britannique. En échange de quoi, la Grande-Bretagne promettait de soutenir, après la victoire, la création rien de moins qu’un royaume arabe unifié et indépendant.  Les termes de cette collaboration antiturque furent définis en 1915 et 1916 dans une correspondance entre Husseïn et le haut-commissaire anglais en Egypte Henry Mac Mahon à un moment où l’Angleterre cherchait un appui armé contre les Ottomans, tandis que Husseïn sollicitait la création d’un royaume arabe indépendant. Ces belles promesses étaient contredites par les accords Sykes-Picot, mais Husseïn ne pouvait évidemment pas le savoir. (Antoine Hokayem et Marie-Claude Bittar, L’Empire ottoman, les Arabes et les Grandes puissances 1914-1920, Editions universitaires du Liban, Beyrouth, 1981). Toujours est-il que le chérif de La Mecque et ses hommes, caressant l’espoir de s’émanciper de la tutelle ottomane, se lancèrent la tête la première dans la  «grande» révolte arabe qui allait durer de juin 1916 à octobre 1918.Les opérations militaires étaient conduites à partir du Hedjaz en apparence par Husseïn et ses lieutenants mais en réalité planifiées, organisées et dirigées de fait par Henry Mac Mahon. Il était assisté par les officiers militaires tels Percy Cox et les agents des services secrets du Bureau arabe, notamment le célèbre Thomas Edward Lawrence «Laurence d’Arabie», mais plus efficacement par Gertrude Bell (1868-1926). Cette jeune femme issue d’une riche famille aristocratique d’industriels et d’hommes politiques était un personnage exceptionnel. Par ses expéditions à travers tout le Proche-Orient, y compris dans les zones les plus isolées, les contacts qu’elle réussit à établir avec les notables des villes et les cheikhs bédouins eurent vite fait de faire d’elle une incontournable experte du monde arabe et, bien entendu, une spécialiste du renseignement. Collaboratrice directe de Percy Cox, nommée major et secrétaire aux affaires orientales, elle fut la première femme officier politique dans l’armée britannique. Son rôle dans le remodelage du Moyen-Orient au profit de son pays, le Royaume-Uni, a été considérable.

Husseïn bin Ali al Hachimi1853-1931 Cherif - de La Mecque et roi du Hedjaz (1908-1924)

La guerre terminée et les promesses d’émancipation enterrées, il fallut bien trouver une compensation à la famille du chérif de La Mecque. L’Arabie, quant à elle, dominée par Abdelaziz Ibn Saoud depuis son fief du Nejd et la conquête de La Mecque et du Hedjaz en 1924-25, échappa au dépeçage. La formule adoptée fut celle des protectorats maquillés en mandats décidés par la Société des nations en janvier 1919. La famille hachémite est placée en Transjordanie, émirat créé ex nihilo en avril 1921. Abdallah 1er, troisième fils du Chérif, est placé à sa tête sous la tutelle d’un représentant britannique. A Damas, une assemblée de notables du Châm dite Conseil général syrien (al Mu’tamar al surî al ‘âm) vota la création d’un Royaume arabe de Syrie (incluant Damas, Alep, Beyrouth et Jérusalem) et le 8 mars 1920 choisit Fayçal bin Husseïn al Hâchimî pour premier roi. Malheureusement, une mésentente s’établit rapidement entre le monarque et les députés. Lors d’une séance houleuse, Fayçal crut pouvoir dire qu’il avait créé le congrès. La réplique de l’ouléma fondamentaliste Rachid Rida, alors président de cette assemblée, fut cinglante: «C’est le Congrès qui vous a créé. Vous n’étiez qu’un général parmi les généraux sous le commandement d’Allenby [général anglais, chef du corps expéditionnaire en Palestine].» (Nadine Picaudou, La décennie qui ébranla le Moyen-Orient : 1914-1923, Paris 1997). La rupture avec les milieux nationalistes était consommée.

Gertrude Bell (1868-1926)

Pendant ce temps en Europe, le 25 avril 1920, le traité de Sèvres, faisant fi de la volonté des Arabes pourtant alliés, décida un véritable démembrement de la région en plaçant la Mésopotamie et la Palestine sous mandat britannique. La France, pour sa part, était conviée à exercer son mandat sur la Syrie ainsi que sur un nouvel Etat, le Liban. La résistance nationaliste ne se fit pas attendre. Mais le déséquilibre prévisible des forces entre les deux armées française et syrienne aboutit le 24 juillet 1920 à la défaite de Khan Mayssaloun. La France destitue le roi Fayçal qui est contraint à l’exil. L’Angleterre, toujours pragmatique et mandataire en Mésopotamie, choisit de récupérer l’ex-roi de Syrie et de le placer à la tête d’un royaume qui serait celui de l’Irak. En effet, la fondation d’une monarchie allégerait considérablement le coût humain et financier d’une administration britannique directe appuyée sur une puissante mais coûteuse armée d’occupation, alors même que l’Empire faisait face à des difficultés budgétaires. Là aussi, le rôle de Gertrude Bell fut capital. Il n’est pas exagéré de dire qu’elle a été la cheville ouvrière de l’accession de Fayçal, ci-devant roi déchu de Syrie, au tout premier trône de la Mésopotamie contemporaine. Elle œuvra à l’organisation d’un «référendum» relatif au choix d’un monarque, dont les résultats donnèrent une large majorité de oui en faveur de Fayçal. Geneviève Chauvel, autrice d’une biographie sur «l’Amazone du désert» (Pygmalion, Paris, 2005), nous conte la pathétique cérémonie de l’intronisation du 23 août 1921 à Bagdad : «Dans la cour du Sérail, un dais est dressé face aux mille cinq cents invités, officiels anglais et arabes, notabilités, ministres et députations locales. A 6 heures du matin, apparaissent en procession Sir Percy [Cox], Fayçal en uniforme kaki, les conseillers et aides de camp. Fayçal, très droit, très digne, semble agité et regarde Gertrude au premier rang des invités. Elle lui fait un petit signe. Un orateur lit la proclamation: Fayçal est élu roi avec 96% des voix. Longue vie au roi». Le drapeau est hissé mais en l’absence d’un hymne irakien, la musique joue God save the King.

Arthur Henry MacMahon (1862-1949) Haut commissaire du protectorat en Egypte

L’historien Ali A. Allawi souligne fort à propos que l’Irak est à cette époque une toute nouvelle entité politique, créée après la Première Guerre mondiale. Dans ce contexte, ajoute-t-il, il n’existe en 1921 aucun sentiment de nationalisme irakien, ni même d’identité nationale irakienne, alors que Fayçal monte sur le trône. (Faisal of Iraq, Yale University Press, 2014). C’est dire la tâche écrasante qui attend le roi.

Percy Cox (1864-1937). Officier et administrateur du Bureau colonial du Moyen-Orient et haut commissaire en Irak

Intelligent et subtil, Fayçal 1er était doté d’une riche expérience politique et diplomatique. Dès 1912, âgé de 29 ans, il est député du Hedjaz au parlement ottoman. Il voyage en Europe entre novembre 1918 et janvier 1920 et assiste en 1919 au Congrès de Versailles. Il acquiert une expérience militaire (1908-1912) qu’il enrichit durant la révolte arabe de 1916-1918, la campagne de Palestine et la prise de Damas. Sans compter qu’il eut à exercer - encore que de manière éphémère - la charge de roi de Syrie. Pris dans l’étau du cynisme impérialiste et de l’esprit d’anarchie qui animait les populations qu’il eut à gouverner, son règne irakien fut semé d’embûches dont le roi lui-même était conscient ; d’autant que l’indépendance était fictive puisque l’armée britannique était non seulement présente mais se déplaçait sans contrainte à travers le pays. Quant au gouvernement de ses sujets, Fayçal comprit très vite combien les pesanteurs historiques et sociologiques rendaient tout à fait chimérique l’espoir de façonner un peuple mature et une nation apte à rejoindre le concert des pays évolués. «Avec un cœur rempli de tristesse, je vous dis qu’il n’y a pas encore de peuple irakien, mais plutôt des groupes humains imaginés, vidés de toute pensée patriotique, dominés par des traditions et des illusions religieuses, qui n’ont aucune attache entre eux, écouteurs du mal, prompts à l’anarchie et perpétuellement prêts à se soulever contre tout gouvernement quel qu’il soit.»  ( cité par Adel Bakawan L’Irak. Un siècle de faillite : de 1921 à nos jours ; Tallandier, 2021).

Percy Cox (1864-1937). Officier et administrateur du Bureau colonial du Moyen-Orient et haut commissaire en Irak

Malgré ces difficultés, Fayçal réussit à mettre en œuvre une politique de tolérance religieuse et intercommunautaire. Toutefois, sa politique de promotion du nationalisme panarabe s’avéra déstabilisatrice pour le pays et finit par creuser un fossé entre les communautés arabe et kurde. En effet, la politique du roi assimilait dangereusement la wattaniyya (patriotisme) à l’arabité et, par conséquent, ne put manquer de marginaliser les Kurdes, comme l’explique Nur Masalha (Faisal’s Pan-Arabism 1921-33, vol.27, Taylor and Francis, Middle East Studies, n° 4, 1991). La fragilité endémique de la société et le caractère inabouti des rapports entre le pouvoir central et les populations ne manquèrent pas de susciter de graves incidents. En août 1933, eut lieu le massacre de centaines d’Assyriens (chrétiens de rite nestorien)  à Simelé, dans le Kurdistan irakien, par une armée commandée par le général d’origine kurde Bakr Sidki, alors que le roi était en Europe pour des raisons de santé. Le prétexte fallacieux du carnage était que cette antique communauté - pourtant très minoritaire - représentait une menace pour «l’unité nationale».

Fayçal 1er roi d'Irak de 1921 à 1933

Dans les relations avec la puissance mandataire, Fayçal obtint des résultats non négligeables. En 1924, un parlement composé de 88 députés est créé. Il ratifie les traités anglo-irakiens liant le jeune Etat au Royaume Uni. Le 3 octobre 1932, quoique toujours solidement lié à cette puissance, l’Irak acquiert son indépendance et adhère à la Société des Nations (SDN). Le Royaume hachémite demeurait toutefois particulièrement tributaire des intérêts de l’Iraq Petroleum Company (IPC). «Véritable Etat dans l’Etat», cette compagnie détenait une concession sur la quasi-totalité du territoire. Bien entendu, comme c’était en quelque sorte «l’usage» à l’époque, le véritable bénéficiaire de ces fabuleuses ressources était l’IPC et guère les populations locales.

Le parlement irakien au lendemain de l'indépendance de 1932

Fayçal 1er mourut à l’âge de cinquante ans en Suisse, le 8 septembre 1933. A l’issue de grandioses funérailles, il fut enterré au mausolée royal de Bagdad.

Plan anglo-français de partage. (Nota: Mossoul dépendra finalement de la Grande -Bretagne) (In Geneviève Chauvel, L'amazone du Désert.Gertrude Bell, Pygmalion,Paris,2005)

Son fils aîné, Ghazi, lui succède. Ce dernier reçut une formation moderne à la Harrow School en 1927-1929, et , de retour au pays, à l’Académie militaire de Bagdad où, en plus de sa formation strictement militaire, son père tint à ce que l’on assure son éducation dans diverses disciplines telles que la   géographie, la littérature et la civilisation arabes et musulmanes. Sans doute n’avait-il ni l’expérience, ni la subtilité de son père,  mais il était intelligent et cultivé. Il semble toutefois qu’il se fût désintéressé des affaires publiques, de sorte que, selon l’historien Christian Destrémeau, des régions entières du pays échappaient peu à peu au contrôle du gouvernement de Bagdad (Le Moyen-Orient pendant la Seconde Guerre mondiale, Perrin 2015). Pour reprendre en main la situation, Ghazi, nous apprend l’historienne Wiam Chaker Aki,  décida de renforcer son armée, ce qui déplut aux Britanniques. («Attitudes The King Ghazi Direction British Policy» Journal of the College of Education for Women vol. 26, no 1, 2015). Cela d’autant plus qu’il semble que le roi laissât apparaître ses sympathies pour l’Allemagne hitlérienne. Naturellement, le renforcement de l’armée ne manqua pas de susciter l’ambition de quelque général. Le premier coup d’Etat militaire dans le monde arabe est fomenté par Bakr Sidki. Il aboutit à la déposition du gouvernement civil de Yassine El Hachimi mais le général Sidki est assassiné quelques mois plus tard, en 1937.

Ghazi 1 er roi d'Irak de 1933 à 1939

Partisan du nationalisme arabe et du panarabisme, le jeune roi éprouvait une aversion à l’égard de l’ingérence ouverte des Britanniques et leur contrôle exercé sur son pays. Solidaire de la cause, il soutenait financièrement les Palestiniens dans leur combat contre les colons juifs. Les Britanniques et leurs partisans au sein du pouvoir n’ignoraient rien de tout cela.

Nouri Al Saïd : anglophile, plusieurs fois premier ministre. Assassiné lors du coup d'Etat du 14 juillet 1958

Ghazi 1er ne régna que durant cinq ans jusqu’à sa mort accidentelle survenue le 4 avril 1939. Les causes de sa mort au volant de sa Buick, quoique jamais élucidées, furent imputées au clan anglophile et on ne manqua pas de chuchoter que Nouri Al Saïd joua en la matière un rôle essentiel. La popularité du jeune roi était telle que des démonstrations massives d’affliction et de colère eurent lieu dans tout le pays. A Mossoul, le consul britannique Monck-Mason est tué par une foule déchaînée. A la mort de Ghazi, son fils, âgé de trois ans, est intronisé sous le nom de Fayçal II tandis que la régence est confiée à son oncle, le prince ‘Abd al Ilâh, jusqu’en 1953, quand il atteint sa majorité.

Rachid Âli Al Gaylanî (Al Kaylani)(1892-1965). Trois fois premier ministre. Germanophile. Auteur du coup d'Etat de 1941

Si l’Irak des premières années de la monarchie était pris dans le tourbillon encore vif du démembrement des anciennes provinces ottomanes, sous le règne de Fayçal II, la marche du monde était à l’heure de la montée des fascismes puis des bouleversements de la Seconde Guerre mondiale. Au lendemain de la capitulation allemande de mai 1945, les Etats-Unis d’Amérique et l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques s’imposèrent comme les nouveaux maîtres du monde. La Grande-Bretagne et la France n’étaient plus ces puissances qui quelques années auparavant étaient capables de remodeler et de régenter le Moyen-Orient. La compétition était désormais entre l’Occident mené par l’Amérique et le camp progressiste (en réalité plutôt nationaliste panarabe au Moyen-Orient) adossé à la Russie. La CIA (et son allié britannique le SIS) et le KGB entraient résolument sur la scène intérieure, et la classe politique se déchirait entre deux camps.

Prince Abdel al Ilâh, régent d'Irak de 1939 à 1953. Assassiné en juillet 1958 (Photo Cecil Beaton)

Inquiets de la montée des options progressistes et de la sympathie de l’opinion arabe pour la Russie, les Etats-Unis, fidèles à la stratégie de l’endiguement (containment), agirent afin de fédérer les gouvernements conservateurs. Le 24 février 1955 fut créé le Pacte de Bagdad regroupant l’Irak, la Grande-Bretagne, la Turquie, l’Iran et le Pakistan. Les Etats-Unis rejoignant le comité militaire de l’alliance (appelée dorénavant Central Treaty Organisation) en 1958. Cette alliance antisoviétique qui rappelait l’Otan et l’Otase (Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est), provoqua la colère de la rue arabe. Le Pacte n’eut pas les effets politiques escomptés et fut dissous en 1979, l’Irak ayant basculé entretemps dans le camp nationaliste et progressiste.

La reine Elizabeth Il à la gare de Victoria à Londres avec le roi Fayçal II d'Irak le 16 juillet 1956. Derrière, de dos, le prince Philip et l'oncle du souverain irakien, Abdelilah ben Ali (Paris Match)

Au plan de la politique intérieure, le gouvernement royal finit, en 1954, par interdire tous les partis et instaurer la loi martiale. Les pro-occidentaux au pouvoir entreprennent la chasse aux communistes. Le secrétaire général du parti communiste irakien (fondé en 1934) Youssouf Salman est condamné à la peine capitale par pendaison et les militants sont frappés de déchéance nationale.

Fatalement, l’instabilité chronique, l’ingérence étrangère, le rôle grandissant de l’armée dans le jeu politique et le contexte de la Guerre froide donnèrent lieu à des coups d’Etat. A partir du conflit mondial, une partie importante de la classe politique et militaire et de l’opinion est germanophile. En avril-mai 1941 survient le coup d’Etat pro-allemand du nationaliste Rachêd Âli Al Gaylânî (ou Al Kaylânî) et le «Carré d’or» (groupe de 4 officiers factieux). Ils renversent le régent Abd Al Ilâh b. Ali Al Hachimi, mais la Grande-Bretagne, craignant un basculement vers l’Axe, intervient militairement, écrase les forces irakiennes et rétablit la régence.  Jamil al Midfa’î est nommé Premier ministre auquel succédera le vétéran de la politique Nouri al Saïd.

Général Abd Al Karim Qacem(1914-1963). Instigateur du coup d'Etat du 14 juillet 1958 qui mit fin à la monarchie

Le 14 juillet 1958, un coup d’Etat militaire prosoviétique dirigé par le général Abdelkarim Qacem est fomenté: le roi Fayçal II, âgé d’à peine 23 ans, et sa famille sont assassinés. Nouri el Saïd est tué et son cadavre profané avec une sauvagerie inouïe. La monarchie hachémite (1921-1958) avait vécu et la «république» proclamée. Le gouvernement issu de la révolution comptait des ministres communistes dont une femme, Nazîha al Dulaymî. Le pays semblait s’engager dans la voie d’un modernisme laïcisant. Toutefois, l’instabilité du nouveau régime est telle qu’Abdelkarim Qacem, haï par les partisans du dictateur égyptien Jamal Abd el Nasser et les  «socialistes» panarabistes et anticommunistes du Baath, est renversé le 8 février 1963 et assassiné selon un scénario qui allait devenir fréquent dans cet Irak contemporain fondé sous de mauvais auspices et qui, dès lors, n’allait plus cesser d’être martyrisé.

Mohamed-El Aziz Ben Achour
 

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