Recueil poétique du Dr Mohamed Ridha Kamoun: Le médecin qui murmurait des poèmes… (Album photo)
Par Khadija Taoufik Moalla - Certaines matinées n'ont besoin d'aucun événement pour devenir des souvenirs. Celle de ce samedi, à l'Amicale de l'École nationale d'administration, en fut une. Une centaine de personnes avaient laissé le vacarme à la porte pour écouter un médecin nous murmurer ses poèmes.
Le lieu y est pour beaucoup. Chaque semaine, l'Amicale accueille des auteurs, des poètes, des cinéastes, et Son l’ambassadeur Taoufik Jabeur reçoit chacun avec ce sourire qui fait de l'hospitalité une manière d'élever la culture tunisienne. Dans la salle, le public ressemblait au pays: des diplomates, des hauts fonctionnaires aguerris, des jeunes et moins jeunes médecins, des avocates, le cinéaste Ridha Behi, des écrivains, Si Abdelaziz Kacem et Si Maher Kamoun, les poètes Chamseddine Ouni et Mondher Ayadi, le journaliste Mohamed Al Matri Smida, des architectes, des hommes et des femmes du privé, et Si Kamel Hadj Sassi. Tous étaient venus pour la même chose: une voix, une musique, un silence partagé.
Le professeur Mohamed Ridha Kamoun n'a pas rompu avec son métier pour devenir poète. Il a repris un fil. Du IXe au XIIe siècle, ceux que l'on nommait Hakim, comme Al-Kindi, Al-Farabi, Ibn Sina (Avicenne), Ibn Roshd (Averroès), soignaient les corps, interrogeaient l'être, mesuraient le ciel et touchaient le luth. Al-Farabi a même laissé un grand traité de la musique. Pour eux, le savoir n'était pas un territoire clos mais une demeure aux nombreuses pièces, où soigner, penser et chanter relevaient du même geste: prendre soin. En présentant son recueil, Le merveilleux en toi, Dr Kamoun a rouvert cette demeure. Le médecin sait ce que les mots peuvent faire aux maux, il l'a appris au chevet des autres. Ce matin, il les a offerts autrement, non plus pour guérir un mal, mais pour dire la lumière.
Dans l'un de ses poèmes, il écrit:
« Le présent n'est qu'un mirage,
Il nous séduit et disparaît,
En prenant en otage
Nos âmes et nos cœurs blessés ».
Aux murs, les toiles du Dr Fatma Moalla Kamoun, sa compagne de cœur et de vie, médecin elle aussi, répondait aux vers comme une seconde voix. Ce que l'un dit avec des mots, l'autre le dit avec des traits et des couleurs. Deux médecins, deux langages, une même obstination: égayer la médecine, lui rendre son souffle et sa part de beauté.
Pendant que nos écrans déversent le fracas des armes et la laideur en continu, cette salle a rappelé une évidence que l'on croyait perdue: la beauté est une manière de résister. Un poème n'arrête aucune guerre, mais il garde intact ce qu'une guerre cherche à détruire, la capacité de s'émerveiller. Ces îlots ne sont pas une fuite. Ce sont des lieux où l'on s'exerce à rester humain.
Merci, Professeur, d'avoir partagé avec nous votre premier recueil de poèmes et de nous avoir rappelé que l'on peut guérir en écoutant, et durer en chantant. Que votre exemple donne à d'autres l'audace de dépasser leur domaine de prédilection et d'oser découvrir d'autres cieux, d'autres soleils, comme vous nous y invitez dans l'un de vos poèmes:
« Je défie le soleil, les nuages et le vent,
Je défie le futur et le présent,
Je défie les années et les cheveux blancs,
Je défie la sagesse et la raison…
Et je m'envole… ! »
Khadija Taoufik Moalla
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