News - 09.01.2022

Un sommet pour la démocratie: une farce politique américaine

Un sommet pour la démocratie ?

Par Mohamed Ibrahim Hsairi

Le «Sommet pour la Démocratie» ou  the «Summit for Democracy» c’est :  

un faux «Sommet pour la démocratie»,

un mauvais message au monde,

un sommet qui incite à la division et à la confrontation,

un sommet qui va à contre-courant de l’histoire,

un sommet rejeté par la communauté internationale,

une farce politique américaine,

un sommet de l’hypocrisie et de l’insolence américaine,

un sommet qui fait polémique,

un modèle de fausse bonne idée,

un acte antidémocratique scandaleux,

un exercice d’équilibrisme,

un sommet contre-productif,

un sommet décevant…

Ce sont là une série d’appréciations formulées au sujet du «Sommet pour la démocratie» organisé, par vidéoconférence, les 9 et 10 décembre 2021 à l’instigation du président Joe Biden en concrétisation de l’une de ses promesses lors de sa campagne électorale.

Toutes négatives, ces évaluations, dont certaines viennent, faut-il le souligner, de Washington même et de certaines capitales des démocraties occidentales alliées, le sont pour trois principales raisons:

La première raison a trait à la liste des pays invités. Cette liste a été fortement critiquée car il semble que Washington a basé son choix sur un seul et unique critère : ses propres intérêts et considérations géopolitiques. Rien que selon le classement de la Freedom House, qui est un observatoire de l’état de la démocratie libérale dans le monde financé par les Etats-Unis, la nature d’un grand nombre des régimes conviés laisse à désirer.

Sans entrer dans les détails de ce choix jugé par d’aucuns d’arbitraire et d’incohérent, il suffit de noter qu’Israël, qui occupe toujours les terres palestiniennes et qui continue à pratiquer toutes les formes d’oppression, de discrimination et de persécution à l’encontre des Palestiniens, a été, à côté de l’Irak, l’un des deux représentants du Moyen-Orient à ce sommet pour la démocratie.

Quant à la deuxième raison, elle a trait à l’image des Etats-Unis dans le monde. De l’aveu même du président Joe Biden, son pays n’est plus perçu comme le bastion de la démocratie et qu’il doit «combattre sans relâche pour être à la hauteur de ses idéaux démocratiques». Et nombreux sont les politiciens américains qui reconnaissent que les Etats-Unis ont perdu leur «auréole démocratique» et que la démocratie américaine est mise à rude épreuve pas seulement en raison de ses multiples  insuffisances structurelles relatives notamment à la polarisation politique, à l’injustice raciale, à la division sociale et aux  restrictions de vote, mais aussi et surtout  à cause, d’une part, des quatre longues et turbulentes années de populisme et de troubles de gouvernance au bout desquelles l’ancien président Donald Trump a refusé de reconnaître les résultats des élections de novembre 2020 et, de l’autre, de l’attaque meurtrière dont le Capitole a fait l’objet le 6 janvier 2021.

Force est donc de constater que les États-Unis qui ont été mis par l’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale, basé à Stockholm, sur sa liste des démocraties en déclin sont désormais bien mal placés pour faire la leçon aux autres. «Quand vous ne pouvez pas protéger la démocratie chez vous, vous ne pouvez pas essayer de la défendre ailleurs. Et quand votre maison est en feu, vous ne pouvez pas être le pompier pour le monde», a dit Cliff Albright, l’un des cofondateurs de «Black Voters Matter Fund» au New York Times.

S’agissant enfin de la troisième raison, elle a trait aux thèmes choisis par Washington seul pour être discutés lors du sommet. Il s’agit en l’occurrence de la lutte contre les régimes autoritaires, de la promotion du respect des droits de l’homme et de la lutte contre la corruption. Ces trois thèmes soulèvent nombre de questions et suscitent diverses remarques.

Tout d’abord, il faut noter que la question de la gestion de la pandémie de Covid-19 n’a pas figuré sur l’ordre du jour, malgré son acuité. Cette gestion qui a mis la communauté internationale, et particulièrement les démocraties occidentales à mal, a en effet démasqué le manque effrayant de normes humanitaires et éthiques face à la crise sans précédent causée par la pandémie.

D’aucuns estiment que l’Occident a perdu la bataille morale par sa mauvaise gestion du fléau. A un moment où la Chine a généreusement tendu la main aux pays du tiers monde, les cartels occidentaux des industries pharmaceutiques ont refusé d’abandonner leurs droits de propriété intellectuelle et préféré récolter des milliards de dollars de bénéfices, au détriment des souffrances d’une grande partie de l’humanité. Ils ont ainsi montré qu’ils ne sont pas moins voraces que les cartels dans les domaines de l’armement, de l’énergie et de l’information…

En tous les cas, il est clair que, par leur Sommet pour la démocratie, les Etats-Unis semblent vouloir faire croire au monde qu’ils cherchent à défendre la démocratie, et à faire respecter les droits de l’homme, mais ils persistent à ignorer la nécessité d’humaniser la mondialisation sauvage et le capitalisme devenu incontrôlable.

De même, ils semblent vouloir rallier les nations du monde contre ce qu’ils appellent les forces de la tyrannie, mais tout en ignorant la nécessité de démocratiser les relations internationales, afin que tous les peuples puissent jouir des mêmes droits et libertés, et surtout de leur droit à disposer d’eux-mêmes, et de choisir le système démocratique qui s’adapte à leurs réalités nationales.

C’est pourquoi un grand nombre d’analystes estiment qu’en inscrivant les deux premiers thèmes à l’ordre du jour du sommet, les Etats-Unis ne cherchent pas, en réalité, à sauver la démocratie, ou à promouvoir le respect des droits de l’homme, mais plutôt à mettre sur pied une coalition mondiale qui leur apportera son soutien et se tiendra à leurs côtés dans leur confrontation avec la Chine et la Russie.

Des lors, il ne serait pas erroné de dire que l’objectif le plus important recherché par le président Joe Biden, en tenant ce sommet, est de concrétiser son fameux slogan «America is back» (l’Amérique est de retour) et de restaurer le leadership américain après que leur prestige a été ébranlé. 

La Chine et la Russie ont raison de considérer que par ce sommet, les Etats-Unis ne font qu’instrumentaliser la démocratie et les droits de l’homme et les utiliser comme une «arme de destruction massive» afin de détourner l’attention de leurs contradictions internes, et pour maintenir et prolonger autant que possible leur hégémonie unilatérale sur le monde.

En ce qui concerne le troisième thème, c’est-à-dire la lutte contre la corruption, il est tout à fait fondé de s’interroger sur la capacité de Washington de conduire la bataille contre ce fléau, surtout que la  secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, affirme que «d’énormes quantités d’argent illicite» finissent par affluer dans le système financier américain, et que, sans doute, «il y a des raisons de croire que le meilleur endroit à l’heure actuelle pour dissimuler et blanchir de l’argent acquis frauduleusement est, en fait, les États-Unis».

Certes, Washington a classé la lutte contre la corruption comme un sujet de sécurité nationale, a apporté à la table des négociations un document sur «la Stratégie anticorruption des États», et a promis d’agir au niveau international contre l’évasion fiscale et de rendre les systèmes fiscaux internationaux plus équitables, mais l’on est en droit de demeurer sceptique quand on se rappelle que la politique étrangère américaine a été et sera toujours confrontée à des contradictions entre intérêts et valeurs, et que les États-Unis soutiennent, d’après un rapport du «Quincy Institute for Responsible Statecraft», la plupart des pays autoritaires du monde.

C’est pourquoi on ne peut, en conclusion, que constater que les Etats-Unis, par la tenue du «sommet pour la démocratie», s’obstinent à croire que leur démocratie est la meilleure et qu’elle est la seule version de la vraie démocratie. Le président Joe Biden a beau dire aux participants que la démocratie «ne connaît pas de frontières et qu’elle parle toutes les langues», et que son pays «sera aux côtés de ceux qui laissent respirer leur peuple et ne l’étouffent pas d’une main de fer», car, en réalité, les États-Unis semblent persister à vouloir que «tous les oiseaux du monde aient les mêmes plumes et chantent le même chant».

Ceci voudra tout simplement dire que le monde est aujourd’hui au seuil d’une nouvelle guerre froide.

Mohamed Ibrahim Hsairi
 

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