Édito: Tant de failles à combler
Si les pluies sont toujours bénéfiques, celles diluviennes provoquant des inondations causent de lourds dégâts. Des pertes en vies humaines sont venues nous endeuiller. Des dégradations d’infrastructures, de champs, de sites de travail et d’habitations laissent leurs stigmates. Le paradoxe est patent : stress hydrique et envahissement des eaux, dans le froid glacial et les tempêtes. La nature nous envoie le signal clair d’une accélération des extrêmes climatiques.
Ce que la Tunisie vient de subir révèle, de nouveau, l’ampleur des risques et des fragilités. A chaque fois, nous nous alarmons et nous nous promettons d’y parer. Mais, nous finissons par oublier rapidement pour nous réveiller le lendemain face à la fureur de la nature. N’étaient-ce les plans et dispositifs de protection dans nombre de zones, les dégâts auraient été plus graves.
Ce que nous disent les récentes inondations le plus, c’est la vulnérabilité des infrastructures, l’urbanisation anarchique, l’absence de vigilance et le manque de moyens. Des enseignements doivent en être tirés. Fallait-il attendre une décision au plus haut sommet de l’Etat pour tout mobiliser ? Heureusement que, dès les premières heures, la solidarité et l’esprit citoyen sont rapidement venus à la rescousse. L’armée était de son côté au rendez-vous en appui à la protection civile et aux autres intervenants.
Des exemples de bravoure et de rebondissements viennent en réconfort. Des voisins qui volent au secours de personnes âgées isolées. Des familles qui accueillent chez elles des sans-abri. Des marins qui s’élancent en mer pour s’associer aux recherches de pêcheurs perdus. Des éleveurs qui partent ramener du bétail égaré. Des employés d’une grande centrale laitière inondée à Soliman et menacée d’arrêt de travail qui s’emploient à évacuer eaux et boue pour permettre une reprise totale en moins de 24 heures.
Passées les actions urgentes de secours, le moment est venu d’entreprendre des actions massives et en profondeur. Curage des oueds et des canalisations, enlèvement des déchets et nettoyage sont à entreprendre intensivement. Ici et là, des bénévoles et des associations s’y sont attelés, montrant l’exemple. L’initiative est à saluer et à étendre. Mais un travail de fond systématique est indispensable.
Le concours des entreprises est requis. Grâce à leurs moyens matériels en camions, engins de BTP, pompes, groupes électrogènes et autres, et à leur expertise technique d’organisation logistique, elles sauront fournir l’appui nécessaire. Que valent les politiques de responsabilité sociale et environnementale des entreprises si elles ne se manifestent pas dans de pareilles circonstances ? Dans une complémentarité des rôles, le pilotage restera du ressort des pouvoirs publics et de leurs responsabilités.
C’est aussi le moment d’auditer le système d’assainissement des eaux usées et d’évacuation des eaux pluviales. Le diagnostic montrera à vue d’œil une forte érosion des équipements et une grande saturation des capacités. Le temps n’est-il pas venu d’engager un vaste programme de rénovation et de renforcement ? Plus encore, l’ensemble des infrastructures, comme la protection des zones inondables, est à revoir. Des crédits seront nécessaires et nous devons déployer davantage d’efforts. Investir dans la prévention n’est pas un coût.
Peut-on oublier la sensibilisation ? Nous n’éduquons pas suffisamment nos populations et en premier lieu notre progéniture ni contre les risques des calamités naturelles ni quant à la conduite à tenir en cas de catastrophe. Nous ne les mettons pas en garde contre les conséquences des comportements inciviques tels que le dépôt des ordures dans les lits d’oueds, l’obstruction des canalisations, la construction anarchique dans les zones à risques et la dégradation du littoral. Nous ne cultivons pas le respect de la nature et sa durabilité.
L’appel est à une stratégie nationale de résilience, de prévention et de protection, et à un engagement collectif, pour ne pas payer au plus fort le prix de l’insouciance.
Taoufik Habaieb
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