‘’Bourguiba, l’orphelin de Fattouma’’, ce dimanche matin à Al Kitab Mutuelleville
Un bon signe en ce début du nouvel an : voir des universitaires spécialistes des littératures modernes revisiter la vie de Habib Bourguiba et la scénariser. Dans une « biographie romancée », Hayet Ben Charrada s’y livre sous le titre de « Bourguiba, l’orphelin de Fattouma », récemment paru aux éditions Arabesques. Sa thèse de doctorat sur Malraux et son essai dans le cadre d’une HDR sur « l’image entre le visible et l’invisible » soulignent ses qualités académiques, mais c’est surtout sa belle plume, bien trempée à l’encre de grands romans qui l’autorise à ce portrait d’un homme d’exception.
Présentation et dédicace, ce dimanche 4 janvier 2026, à la librairie Al Kitab Mutuelleville, à partir de 11 heures.
En près de 114 pages, d’une écriture élégante, elle revient sur les premières années de celui qui mènera la lutte de la Tunisie vers l’indépendance et sera le premier président de sa république. Ce tome 1 d’une série qui s’annonce captivante, débute avec la naissance de Bourguiba et se poursuivra jusqu’à son départ en France, à bord du paquebot Oujda, en septembre 1924 et ses premières découvertes de Paris.
Hayet Ben Charrada sait planter les décors, restituer les ambiances, décrire les émotions et identifier les gènes qui fonderont le caractère de Bourguiba. Encore enfant, il subira tant de séparations, quittera sa maman et sa ville natale de Monastir pour aller étudier au Sadiki à Tunis, et plus tard pour partir en France. C’est à Carnot qu’il apprendra, en 1913, de la bouche de son maître que sa maman est morte. Le retour à Monastir pour lui rendre un dernier hommage avant sa mise en terre sera poignant. L’autrice décrira toute son affliction, pointant sa bascule à orphelin. Il le demeurera à jamais. Beaucoup diront que Habib Bourguiba, rapporte Ben Charrada, « serait une part la plus précieuse restée vivante de sa maman. » Fattouma, qui avait mis au monde 8 enfants, et donné naissance à Habib, quasiment « indésirable », alors qu’elle avait 40 ans, incarnait pour sa progéniture particulièrement tant de valeurs et portait tant d’affection. Son décès sera pour eux tous une perte cruelle. Le benjamin Habib, ne s’en remettra pas, sa vie durant.
Le mérite de Hayet Ben Charrada est de rappeler que le sentiment d’orphelin est capable de constituer un moteur pour accomplir une grande œuvre à la mémoire de ses défunts. Mais, plus encore, dans le cas de Bourguiba, sa promesse à sa maman perdue, c’est de dédier sa vie à l’indépendance de la Tunisie, pour libérer aussi la femme, l’émanciper et l’instaurer pleinement dans ses droits. Fattouma sera alors la clef secrète de tout son engagement.
Un roman passionnant, récit de « l’orphelin suprême ». A lire.
Bourguiba
L’orphelin de Fattouma
de Hayet Ben Charrada
Editions Arabesques, 2025, 144 pages, 15 DT
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