Rachid Sabbagh: Le haut magistrat et le ministre de la Défense
Lorsqu’en mars 2013 il fallait assurer la relève du ministre de la Défense Abdelkrim Zbidi dans le nouveau gouvernement d’Ali Laarayedh, le choix de son successeur en cette pleine «transition» n’était pas facile. La Troïka au pouvoir avait négocié avec d’autres forces politiques l’attribution de ce poste sensible, sans résultat. Quand le nom de Rachid Sabbagh, haut magistrat et alors président du Conseil islamique supérieur depuis 2011 a été soufflé, il rencontrera l’assentiment de toutes les parties. Il ne restait plus qu’à le convaincre d’accepter cette mission. Rachid Sabbagh a fini par donner son accord, s’agissant d’un mandat de courte durée.
Avec le sénateur Ted Kennedy
L’homme est érudit, affable, soucieux du détail juridique, réputé pour son intégrité. A la tête du ministère de la Défense, il se distinguera par sa discrétion, sa sérénité et son sens de l’Etat. En pleine guerre contre le terrorisme, il fera preuve de perspicacité. Au milieu du tumulte politique, il se maintiendra dans son indépendance à l’égard de tout parti politique.
Rachid vient de décéder à l’âge de 96 ans.
Né à Tunis le 18 février 1930, il réussira les diplômes successifs de la Zitouna, ainsi qu’une licence en théologie, avant d’obtenir un diplôme en droit (1951), qu’il enrichira par la suite par un DES et un doctorat de troisième cycle. Dès juin 1953, il est recruté en qualité de juge et commencera alors une brillante carrière.
Avec son épouse devant la Cour suprême
Féru de langue anglaise, Rachid Sabbagh s’appliquera à apprendre cette langue durant trois ans et sera choisi pour partir aux Etat-Unis d’Amérique passer une année au Congrès, s’imprégnant du fonctionnement du Sénat et de la Chambre des représentants (1964-1965). Ce séjour sera marqué par des rencontres avec de nombreux élus, dont le sénateur Ted Kennedy, des visites à la Haute cour ainsi qu’aux département de police du Maryland.
De retour à Tunis, Rachid Sabbagh prendra de nouvelles fonctions de magistrat. Il sera nommé en 1972 chef de cabinet du ministre de la Justice et procureur général (1974-1975), avant de rejoindre la Cour de cassation (1975-1984).
Avec le président François Hollande
Rachid Sabbagh sera ensuite nommé à une fonction significative, à savoir président de la commission de la Ligue arabe pour l’harmonisation des législations nationales, et assurera cette présidence pendant sept ans, jusqu’en 1984, parallèlement à ses fonctions en Tunisie.
En 1984, il sera nommé premier président de la Cour, jusqu’en 1989. Puis, en 1991, il sera désigné premier président du Tribunal administratif, jusqu’en 1992.
Ceux qui ont connu Rachid Sabbagh témoignent de ses multiples qualités d’éminent juriste et d’homme très aimable. Sa compétence et sa droiture sont unanimement reconnues, tout comme sa courtoisie.
Allah Yerhamou.