Rafaâ Ben Achour: Sur la prochaine élection du Secrétaire général de l’ONU
1. Le Secrétaire général de l’ONU est «le plus haut fonctionnaire» de l’ONU (article 97 in fine de la Charte). Il est en effet placé à la tête du Secrétariat de l’Organisation mondiale. Le Secrétariat est l’un des six organes principaux de l’ONU créés par l’article 7 § 1er de la Charte qui dispose que: «Il est créé comme organes principaux de l'Organisation des Nations Unies: une Assemblée générale, un Conseil de sécurité, un Conseil économique et social, un Conseil de tutelle, une Cour internationale de Justice et un Secrétariat».
2. La Charte consacre son chapitre XV (articles 97 à 101) au Secrétariat et stipule que le Secrétaire général «est nommé par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité».
3. Le 31 décembre 2026, le mandat de l’actuel Secrétaire général, le Portugais, Antonio Guterres prendra fin. Ce dernier aura accompli deux mandats successifs de cinq ans chacun, à la tête du Secrétariat. Il a entamé son premier mandat le 1er janvier 2017 après avoir été élu le 13 octobre 2016 par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité.

Antonio Guterres
4. Le processus pour la désignation le successeur d’Antonio Guterres, a officiellement été lancé à la fin 2025. Le 5 septembre 2025, l'Assemblée générale a adopté la résolution 79/327 sur la revitalisation des travaux de l'Assemblée générale, qui définit le processus de sélection et de nomination conformément à l'article 97 de la Charte des Nations Unies.
5. En vertu de cette résolution, le processus de nomination doit passer par plusieurs étapes:
- Une lettre conjointe du Président de l'Assemblée générale et du Président du Conseil de sécurité lance la procédure. Cette lettre (A/80/544-S/2025/765) a été adressée aux États Membres et publiée le 25 novembre 2025. Elle invite les États Membres à présenter des candidatures et expose les principes de la procédure de sélection et les étapes théoriques.
- Les candidats sont désignés par un État membre ou un groupe d'États membres et fournissent une déclaration de vision, un curriculum vitae et des informations sur le financement de leur campagne.
- Le Président de l'Assemblée générale organise des dialogues interactifs diffusés sur Internet avec tous les candidats.
- Le Président de l'Assemblée générale collabore étroitement, de manière transparente et inclusive, avec les États Membres.
6. Cinq candidatures ont été reçues mais celle de Mme Virginia Gamba (Argentine), Conseillère spéciale pour la prévention du génocide et des discours de haine (2024—2025), Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés (2017—2025) présentée par les Maldives le 11 mars 2026, a été retirée le 25 mars 2026. Les quatre candidats actuellement en lice sont:
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- Mme Michelle Bachelet Jeria (ancienne Présidente du Chili), présentée par le Chili, le Brésil et le Mexique;

- M. Rafael Mariano Grossi, (Argentine), actuel Directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, présenté par l’Argentine;

- Mme Rebeca Grynspan Mayufis, (Costa-Rica), actuelle Secrétaire générale de la CNUCED, présentée par la Costa-Rica;

- M. Macky Sall, (Sénégal), ancien président de la République du Sénégal, présenté par le Burundi.
7. Les 21 et 22 avril 2026, des dialogues interactifs avec les quatre candidats retenus ont eu lieu avec les candidats désignés. Au cours de ces dialogues d'une durée de trois heures, les candidats ont été invités à présenter une déclaration liminaire de 10 minutes, suivie de questions émanant des États Membres de l'ONU et de représentants de la société civile, afin d'approfondir l'examen de leurs qualités de leadership et de leur expérience. Cet échange interactif ont porté sur deux segments thématiques: les capacités de leadership avérées, l'expérience et les compétences des candidats au service d'une organisation forte et prête pour l'avenir; et les trois piliers des Nations Unies (paix et sécurité, développement et droits de l'homme).
8. La prochaine étape se déroulera au sein du Conseil de sécurité. Selon la pratique jusque-là suivie par le Conseil: il faut que chaque représentant des quinze membres du Conseil assigne à chaque candidat une des trois mentions «encourage», «décourage» ou «sans opinion».
9. Plusieurs tours de scrutin sont généralement nécessaires. L’opinion « décourage » exprimée par un membre permanent du Conseil, vaut veto. Pour l’élection d’Antonio Guterres, en 2016, il a fallu procéder à 9 tours de scrutin au sien du Conseil. Par sa Résolution 2311 (2016) adoptée lors de sa 7782e séance (privée), le 6 octobre 2016, le Conseil de sécurité, a «[recommandé] à l’Assemblée générale de nommer M. António Guterres Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies pour un mandat courant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2021».
10. Une fois la recommandation du Conseil de sécurité adoptée, il ne restera plus qu’à l’Assemblée générale de la valider la recommandation. Cet acte est strictement formel et il y est généralement procédé par acclamations.
11. L’AG recommande que le choix du SG prenne en considération plusieurs critères, à savoir: la nécessité d’assurer une répartition juste et équitable qui repose sur un équilibre entre les genres et une base géographique aussi large que possible, tout en veillant à la diversité du point de vue du multilinguisme.
12. Les prédécesseurs de l’actuel Secrétaire général, Antonio Guterres sont:

- Ban Ki-moon, (République de Corée), qui a occupé le poste de janvier 2007 à décembre 2016;

- Kofi Annan, (Ghana), qui a occupé le poste de janvier 1997 à décembre 2006;

- Boutros Boutros-Ghali, (Égypte), qui a occupé le poste de janvier 1992 à décembre 1996;

- Javier Pèrez de Cuèllar, (Pérou), qui a servi de janvier 1982 à décembre 1991;
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- Kurt Waldheim, (Autriche), qui occupa le poste de janvier 1972 à décembre 1981;

- U Thant, (Birmanie, actuellement Myanmar), qui a servi à partir de novembre 1961, date à laquelle il a été nommé Secrétaire général par intérim (il a été officiellement nommé Secrétaire général en novembre 1962) jusqu'en décembre 1971;

- Dag Hammarskjöld, (Suède), qui a occupé le poste d'avril 1953 jusqu'à sa mort dans un accident d'avion en Afrique en septembre 1961;

- Trygve Lie, (Norvège), qui occupa son poste de février 1946 jusqu'à sa démission en novembre 1952.
13. Certains de ces Secrétaires généraux ont marqué de leur empreinte l’histoire de l’ONU. Il s’agit en premier lieu Dag Hammarskjöld. Il était considéré comme le plus marquant. il a agi comme un médiateur mondial actif. Il a renforcé le pouvoir de l'ONU, notamment en créant les forces de maintien de la paix (Casques bleus) lors de la crise de Suez en 1956. Il est mort en fonction et a reçu le prix Nobel de la paix à titre posthume.On peut citer en second lieu, Kofi Annan qui a été très populaire. Il a reçu le prix Nobel de la paix en 2001 (conjointement avec l'ONU) pour son travail en faveur d'une organisation mieux organisée et plus pacifique. Il a marqué les esprits par sa réforme de l'ONU et son plaidoyer pour les droits de l'homme. On citera enfin, Boutros Boutros-Ghali, premier arabe à occuper ce poste. Il a marqué l'organisation au début de l'après-guerre froide avec son «Agenda pour la paix», son «agenda pour le développement» et son «agenda pour la démocratie». Il a exercé un seul mandat en raison du veto opposé par les États-Unis à sa réélection notamment pour sa position dans le drame de Cana (Liban). En 1996, après un bombardement israélien sur un camp de l'ONU à Cana ayant tué une centaine de civils, Boutros-Ghali a publié un rapport d'enquête accablant pour Israël. Les États-Unis, opposés à la publication dudit rapport, ont perçu cela comme un acte de défi politique majeur. Quant à l’actuel Secrétaire général en fin de mandat, António Guterres. Il s’est distingué par son indépendance, par son franc-parler et par son accent mis sur la réforme de l'organisation, la lutte contre le changement climatique et les droits humains, agissant dans un contexte de crises mondiales majeures.
14. Le/la futur-e Secrétaire général-e n’aura pas la tâche facile. Il ne devrait pas se contenter d’un rôle passif de gestion de l’Organisation. Il/elle est appelé-e à faire redorer le blason de l’ONU suite à la grave crise du multilatéralisme qui affecte les relations internationales en général, et l’ONU en particulier. Il/elle devra initier et réaliser d’une profonde réforme qui en accroitra l’effectivité et la crédibilité, faute de quoi l’ONU sera totalement marginalisée.
Rafaâ Ben Achour