News - 13.12.2013

Dialogue national: Le déblocage de l'élection du Secrétaire Général des Nations-Unies en 1981 : Et si le Quartet en prenait de la graine

Dressons la scène : Nous sommes en septembre 1981, La Tunisie présidait en ce mois le Conseil de Sécurité des Nations-Unies. L’affaire de ce mois-ci,  qui préoccupe la communauté internationale, c’est l’élection du Secrétaire général de l’Organisation. Un poste prestigieux et important s’il en est. Le titulaire, l’autrichien Kurt Waldheim concourait pour un troisième mandat. Le tiers monde qui prenait de l’importance  avec  l’accroissement de ses Etats membres estimait que son tour était venu. L’Afrique présentait un candidat, Salim Ahmed Salim de Tanzanie. Ce dernier n’était pas en odeur de sainteté à Washington pour des attitudes prises antérieurement contre la politique américaine.   Nous étions alors en pleine guerre froide, pour faire bonne mesure, celui qui était soutenu par les Etats-Unis était rejeté automatiquement par l’Union Soviétique. Dans le cas d’espèce la Chine populaire était également favorable au candidat africain. Faut-il rappeler à ce propos que Julius Nyerere, le président tanzanien avait l’habitude de s’accoutrer de la fameuse chemise Mao. Un détail mais qui était plein de significations. Nous étions devant une situation bloquée. Kurt Waldheim, candidat de l’Ouest s’exposait à un véto de l’URSS et de la Chine, alors que Salim Ahmed Salim était l’objet du refus principalement des USA. Que faire ? Un vrai casse-tête surtout que chaque clan tenait à son poulain. La Tunisie, présidente du Conseil était au milieu de la tourmente. Il lui revenait de trouver la solution pour débloquer la situation. Le monde ne pouvait pas attendre. Le Secrétaire général de l’ONU devrait prendre possession de ses fonctions le 1er janvier 1982.

Auparavant, l’Assemblée générale des Nations-Unies devait avaliser le choix du Conseil de Sécurité. Ce qui n’était qu’une formalité. Lourde responsabilité placée sur les  frêles épaules de Feu Taieb Slim, diplomate-né, un homme exquis d’une urbanité légendaire mais un pince sans rire dont les tours en ont surpris plus d’un. Il était secondé par M.Raouf Saïd, tout jeune diplomate mais qui donnait déjà des signes prometteurs évidents. Le Représentant permanent et son délégué suppléant n’en dormaient pas de la nuit, ou très peu. C’est alors qu’une idée lumineuse s’est imposée comme étant la solution incontournable. La seule solution. Mais il fallait que, d’une part, il y ait la bonne volonté de tous. Mais aussi que les membres permanents se dessaisissent de leur droit de véto. Ce qui était moins évident. Le délégué tunisien est parvenu à obtenir l’une et l’autre de ces conditions. Ce qui était une véritable prouesse. La solution consistait à demander aux Quinze Etats membres de mettre dans une urne le nom du candidat de leur choix mais sans liste préétablie à l’avance  et d’une façon totalement anonyme des sorte que l’on ne connaisse pas la partie qui a proposé tel ou tel candidat.. Puis de  continuer l’exercice autant de fois que nécessaire. Jusqu’à ce qu’un candidat s’impose.

Au fil de ces votes informels, on voyait les candidats de départ perdre des voix et  d’autres en gagner. Lentement mais sûrement. C’est ainsi que le nom de Javier Perez de Cuellar, diplomate péruvien, haut fonctionnaire à l’ONU a pris le dessus petit à petit. Avant de s’imposer définitivement. Personne n’avait rien à y redire. Il était d’un pays du Tiers Monde. Donc acceptable de l’URSS et de la Chine. Les Etats-Unis ne s’y opposaient pas. La Tunisie a réussi à gagner ce qui était un véritable défi. M. de Cuellar est élu par consensus. Voulait-il  récompenser la Tunisie à sa manière, en nommant comme chef de son cabinet un autre haut fonctionnaire tunisien, auparavant  délégué permanent de la Tunisie à New York, M. M’hamed Essaafi?

A la veille de la date fatidique du 14 décembre fixé pour le dénouement du  Dialogue National, il n’est pas inutile de rappeler ce précédent. Et si le Quartet en prenait de la graine. C’est d’autant plus facile, que,  par principe il n’y a pas de candidat au poste de Chef de gouvernement. Mais il faudrait dés le départ consentir à cette vérité d’évidence : si un seul s’oppose au choix de l’ensemble,  cela ne veut pas dire que le consensus n’est pas réalisé. Le consensus veut dire en quelque sorte qu’il n’y ait pas de véto de l’une ou de l’autre des parties prenantes et qu’l y ait un anonymat total des parties présentant les candidatures. Le candidat dont le nom est le plus cité au fil des tours sera celui qui aura recueilli le moins d’objections et aura donc fait l’objet du consensus.
Et si donc,  on voulait bien  s’inspirer de la pratique onusienne qui a fait ses preuves et qui ne soulève pas d’objections.  Peut-être résoudrions-nous nos problèmes dans la journée. 

Raouf Ben Rejeb
 

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