News - 07.05.2013

Elyès Jouini: « Rien n'a été fait sur les questions importantes, et pourtant… »

«J’enrage quand je  constate que rien n’a été fait sur les questions importantes », lâche Elyès Jouini s’efforçant de garder sa courtoisie habituelle mais ne parvenant pas à cacher son indignation. Invité par l’Université Tunis Dauphine et la Chambre tuniso-française du Commerce et de l’Industrie, pour analyser le contexte économique tunisien et esquisser les solutions pour s’en sortir, il a décortiqué mardi matin « une situation complexe et alarmiste » et proposer un véritable plan économique. « Je n’ai rien contre la troïka en tant que telle, ni la moindre animosité à l’égard de ses dirigeants, mais je la considère comme une coalition au pouvoir qui aurait pu être différente et plus élargie. Ce que je constate, c'est qu’elle persiste dans une vision très courtermiste et qu’elle n’amorce pas les réformes, pourtant très urgentes ».

Le constat établi par la BAD, classant la Tunisie parmi les dix économies africaines les moins performantes, suffit pour traduire l’ampleur des dégâts enregistrés par une Tunisie qui semble dire adieu à la croissance pour de longues années. Pourtant, sans une croissance d’au moins 6% par an, le pays ne pourrait pas éviter la crise et faire face aux multiples défis auxquels elle fait face, à commencer par celui de l’emploi. Elyès Jouini traitera un à un chacun des défis, explorant les gisements de croissance et de relance économique. L’atout le plus important pour lui, c’est cette marche résolue de la Tunisie vers la démocratie à condition de transformer la révolution en institution. Seul motif de satisfaction, le refus des Tunisiens de voir leur pays confisqué par quelque partie que ce soit.

Un choc de changement de modèle, de transparence et de procédures

Elyès Jouini égrènera une série de propositions pour tirer vers le haut l’industrie avec plus de technologie et de valeur ajoutée, le tourisme, avec une valorisation du patrimoine diversification du produit et son enrichissement, les télécoms en évitant aux opérateurs la multiplication de la construction de réseaux à haut débit, charge qu’un organisme mutualisé peut entreprendre pour renforcer l’infrastructure commune et autres. Il s’agit en fait, plus globalement, d’un choc de changement du modèle de développement, mais aussi  un choc de transparence et de procédures.

Au cœur de ces chocs, la réforme fiscale dont la réussite  constitue pour lui, le véritable de test de la Tunisie post-Ben Ali. Après avoir relevé les différentes iniquités du système fiscal actuel, notamment en  ce qui concerne le régime forfaitaire,  et sa forte pression, souligné la non-pertinence de nombre de mesures incitatives qui s’avèrent en fait coûteuses et contreproductives et relevé ses incohérences, il a mis en exergue l’impératif d’une réforme approfondie et globale, proposant, au passage, d’allier la fiscalisation à la couverture sociale.

Pour ce qui est du secteur informel, Elyès Jouini estime qu’il ne s’agit pas de traiter la question en s’attaquant aux personnes qui en font un acte de survie, mais de s’intéresser aux circuits qui le sous-tendent et l’encouragent, pour différentes raisons, s’adonnant, au mieux, à la sous-déclaration et la sous-facturation, estimant qu’il va falloir gérer toute la transition de ce système avec des mesures appropriées et efficaces.

Sa conclusion :  favoriser un nouveau modèle de croissance tourné vers l’exportation, une croissance inclusive fondée sur une fiscalité équitable, une infrastructure renforcée, un développement industriel, des technologies avancées, et des services de qualité (citant à cet égard, outre l’ingénierie, les finances et le tourisme, ceux des soins de santé). « Aujourd’hui, on n’a plus les moyens de faire la fine bouche. Il faudrait activer tous les leviers. Toutes les pistes sont à explorer, on se doit de le faire », conclut-il.
 

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